Il arrive aux chrétiens de
s'interroger sur ce qu'ils croient, et parfois jusqu'au saisissement.
Comment, par exemple, croire
encore à l'enfer ? On n'en parle même plus. « Nous irons tous au Paradis ».
Mais ôtez l'enfer, le reste suit. Le Jugement - le terrible jugement -
disparaît ou n'est plus qu'une formalité. Si tout le monde est acquitté, on n'a
plus rien à craindre. Mais en ce cas, le péché perd toute gravité. Ou plutôt,
elle devient celle d'une maladie, d'une errance, d'une détresse qui méritent
soin et compassion. Le châtiment ne s'exerce qu'en ce monde et il se doit le
plus possible d'être thérapeutique.
Et pourquoi la mort du Christ ?
Pour réparer l'offense faite au Tout–Puissant ? Mais comment l'offense pourrait-elle
l'atteindre, dans sa toute-puissance et sa solitude éternelle ? Et que signifie
d'aller jusqu'au bout du monde prêcher l'Évangile à des gens qui s'en passaient
fort bien ? Si jugement, sacrifice, mission
en sont là, tout le reste en pâtit. C'est comme si tout l'édifice
s'effondrait.
Protestation des chrétiens. Bien
sûr, une adaptation est nécessaire. Bien sûr il faut quitter ces images de
l'enfer, du sacrifice, de la mission, et plus encore ces théorisations
prétendument dogmatiques qui donnaient à ces thèmes-là une rigidité
insupportable. Quittons ce qu'il faut quitter, disent-ils. L'essentiel reste
sauf. Il est tout entier du côté d'une foi heureuse, débarrassée des vieilles
peurs, des illusions pieuses, des controverses meurtrières. La foi ne craint
plus la modernité. Elle y trouve comme une jeunesse nouvelle. L'Évangile, la
liturgie, une morale ouverte à la psychologie, une dogmatique qui ose intégrer
ce que l'exégèse ébranle des vieux clichés, tout signifie le renouveau.
L'Église se refait une santé (le pape François !).