Conférence prononcée en 2011 à Montpellier
au GREP - Groupe de Recherche pour l'Education et la Prospective
Ce que je vais
vous dire, je le propose, je l’offre, sans aucune autorité. C'est-à-dire que ce
que je vais vous dire vous parlera peut-être, ou bien ne vous parlera pas.
Peut-être l’entendrez-vous autrement que ce que je n’aurai dit, mais c’est un
risque que je prends.
Il s’agit donc de la dimension
spirituelle de la vie humaine. La première chose que je dirai, c’est que cette
dimension n’est pas un luxe. Je l’entends comme quelque chose qui est de la
plus haute nécessité. Peut-être le mot spirituel
ne convient-il pas parfaitement, parce qu’il est compromis, comme tant d’autres
mots de nos langages. Ici, en ce moment, le mot religieux serait, quant à lui, un désastre – je dirai pourquoi tout
à l’heure. Il faut donc que j’essaie de vous donner à entendre, si je le puis,
ce qui est en cause pour moi.
C’est vraiment
quelque chose de l’ordre de la faim. Pour
le corps, la faim est impérieuse : il faut manger ou mourir. Mais en ce
qui concerne notre esprit, puisque nous parlons du spirituel, existe aussi une
faim. La faim que nous soit donné ce-sans-quoi nous risquerions d’être pris
dans le désastre qui peut survenir en toute vie humaine : la destruction,
l’effondrement, l’angoisse pure. Ou, si vous préférez une version plus positive, le ce-par-quoi nous pouvons
humainement vivre. Ce qui nous donne de tenir debout, ce qui nous permet de
traverser notre vie sans les formes sinistres que je viens d’évoquer, l’immense
découragement, la dépression, la solitude… C’est quelque chose que nous devons manger, c'est-à-dire recevoir en nous, à
l’intérieur de nous. Oh bien sûr, les rencontres, la vie sociale ont une
importance considérable. Mais après tout il y a des gens qui, même dans les
camps de concentration, ont su vivre ;
et il y en a d’autres – j’en connais – qui ont tout et qui ne vivent pas.